afiche guerra

GUERRA

Peintures de
Manuel Escobar
Du 01 au 16 juin 2017
Vernissage le jeudi 01/06 à 19h
présence de l’artiste le samedi 03 et 10 juin de 14h a 17h

 

 

Guerre à la guerre ! Tel était le slogan des pacifistes qui dans les années 1930 avaient le mérite de miser sur l’être humain plutôt que sur l’ignoble prédateur, auquel la tradition s’obstine à donner le nom d’« homme». De toute évidence, l’art de vivre a, de l’antiquité à nos jours , nettement moins progressé que la science de la destruction. Les techniques d’extermination atteignent à une perfection qui laisse loin derrière elle les maigres et aléatoires améliorations de l’existence quotidienne. Tant d’inventivité pour un Auschwitz climatisé !

Pendant des siècles a régné l’idée que l’attrait du meurtre et de la violence était inhérent à la nature de l’homme. Son statut de proie et de prédateur passait pour ontologique. Nous savons maintenant qu’il s’agit là d’un mensonge. La guerre n’a pas toujours existé. Elle n’existe pas au paléolithique. Les civilisations antérieures au développement de l’agriculture intensive l’ignorent. Il faut, pour la voir répandre le sangnoir de ses atrocités, attendre qu’apparaisse, avec les premiers États-Cités, une société hiérarchisée, une société d’exploiteurs et d’exploités, de maîtres et d’esclaves.

La guerre est une invention de la civilisation agro-marchande, celle-là même qui s’effondre sous nos yeux, menaçant d’entraîner dans son désastre ce qui subsiste de vie sur la terre et parmi les peuples. Mais la vie a la capacité de réagir à l’encontre des puissances oppressives et destructrices. La vanité des bonnes intentions humanitaires nous enseigne qu’il n’existe pas une fatalité de la guerre si ce n’est dans la croyance qui réduit l’être humain à une créature débile, incapable de développer son potentiel de créativité, inapte à se passer de Dieux , de pères, de chefs. C’est de cette introspection de l’homme, affranchi des mensonges religieux et idéologiques, que participe l’œuvre de Manuel Escobar. Son ecce homo n’exalte ni la souffrance des victimes ni l’arrogance des bourreaux. Elle met à nu ce qui constitue notre existence, elle pénètre dans les profondeurs de l’être, où les pulsions de vie affrontent à chaque instant les réflexes d’autodestruction qu’une histoire inhumaine insinue en nous à chaque instant. La démarche, dira-t-on, n’est pas nouvelle. Jérôme Bosch a nourri son univers pictural de créatures hybrides, angéliques, monstrueuses, idylliques. Elles hantaient ses abîmes, d’où les a remontées son filet de pêcheur onirique. Les idées et les controverses de son époque prêtaient à sa vision des résonances particulières. On y distingue l’influence de Dante, du Songe de Poliphile, du mouvement hérétique des Adamites qui, né à Bruxelles, se répandra dans la Bohème hussite.

La nouveauté que notre temps offre à l’œuvre de Manuel Escobar, c’est la conscience à la fois confuse et lumineuse que nous prenons de cette existence, de ce vécu si longtemps méprisée par la dictature de la jungle grégaire et de son contrat social. Notre univers subjectif a été si obstinément réduit à une impénétrable tour d’ivoire, que Hanri Lefèbvre a pu écrire dans sa Critique de la vie quotidienne « la vie privée, c’est la vie privée de tout. » La vision de Manuel livre au regard de tous ce familier qui nous est le moins connu. Le chaos des émotions revêt sur sa toile les figures les plus diverses. Comment ne pas percevoir dans ces diableries à la Ensor le pandemonium où la cupidité mafieuse donne libre cours à ses dévastations rentables, tandis que les existences en subissent intimement les ravages ?

Ce n’est pas un champ de bataille qu’il nous est donné de contempler, c’est un combat et, par le regard accordé à la palette émotionnelle des couleurs, un combat auquel nul n’échappe car il fait retentir dans la grande fresque du monde l’écho de nos conflits intérieurs. Redoutable est la guerre qui se mène pour soi et contre soi. Mais quelle passion au-delà de toute passion que de démêler l’ennuyeuse résignation des agenouillements et les aspirations toujours rémanentes d’une vie sans entraves !

Raoul Vaneigem

photo escobarEXPOSITIONS
de Manuel Escobar

 

 

 

ENTRÉE GRATUITE
LIEU : Maison de l’Amérique Latine SEUL asbl
Rue du Collège, 27 – 1050 Ixelles
INFOS :
02 535 93 80 – info@america-latina.be